• marie-amelie

Le mystère de la Basse du Lis (ou le récit de mes 2 premières courses en Mini 6.50)


Crédit photo : Anne Beaugé - Ilsaimentlamer

Voici 3 mois que je me suis lancée dans cette folle aventure de vouloir traverser l’océan à la voile, en course et en solitaire, sur un Mini 6.50. Petit bilan après mes deux premières courses en solo.

La Mini en Mai : la découverte de la course au large


Pour cette première course en solitaire, j’étais « au taquet ». Mentalement et physiquement, je pense que j’étais vraiment bien préparée. J’ai fait un mois sans alcool ni café, beaucoup de sport, j’ai dormi 8 à 9 heures par nuit la semaine précédant la course. Bref, j’étais prête et j’avais vraiment envie de vivre pleinement cette première course.


J’ai même pris un abonnement au cross fit, c’est dire…

Surtout que pour une première, je n’avais pas choisi la plus petite des courses du programme. Le parcours de 450 milles (1 mille nautique = 1 852 mètres) nous a fait passer par des endroits mythiques de navigation, comme le Raz de Sein (pointe de la Bretagne) et le passage du pont de l’Ile de Ré, deux endroits connus pour leurs courants forts.



Un de mes grands apprentissages de ce début de saison, c’est la gestion de mon sommeil et de mon énergie. Pour cette course de 4 jours, j’avais vraiment très peur de ne pas gérer ma fatigue, de m’endormir à la barre et de me réveiller sur les cailloux. C’est pourquoi je voulais partir en pleine forme. Au total, j’ai dormi environ 3h par jour durant 4 jours, par tranche de 10, 20 et 30 minutes. Une fois seulement je me suis permise de dormir 1 heure complète. Comparé aux cadors, c’est énorme. Les gagnants eux dorment max. 2h sur l’ensemble de la course.



Pourquoi dort-on si peu ? Nous avons tous un pilote automatique qui permet au bateau de naviguer seul. Nous le réglons bien souvent en “mode vent”, ce qui veut dire qu’il réagit aux variations du vent et navigue de manière assez optimale. Mais cela veut dire aussi que si le vent tourne, le bateau tourne aussi. Du coup, il vaut mieux dormir 10 minutes, se réveiller et s’assurer que le bateau est toujours bien réglé et dans la bonne direction, regarder qu’il n’y a pas d’autres bateaux dans le coin (risque de collision), vaquer à d’autres occupations et puis refaire une petite sieste. En fait, au plus je suis présente sur le pont et attentive à ce qu’il se passe autour de moi, au mieux Lomig (mon bateau) et moi naviguons.

Le mystère de la Basse du Lis


Les moments d’inattention peuvent faire très mal. C’est comme ça que j’ai failli louper la bouée “la Basse du Lis”.


Après 24h de navigation, j’ai pris 10 minutes pour me changer et me laver les dents. Pendant ce temps-là, il y eu une bascule de vent (le vent a changé de direction). Comme mon pilote était réglé en “mode vent” à 35° du vent, mon bateau a également changé de direction. Et je ne m’en suis pas rendue compte. En sortant du bateau, j’ai vu des autres Minis qui arrivaient vers moi, je me suis dit que j’étais à la limite du cadre pour atteindre la bouée, j’ai viré et les ai suivis sans trop me poser de questions. C’est seulement après 10 minutes que je me suis rendue compte que je m’éloignais de la bouée.


Comme on est assez fatigué, on réfléchit aussi beaucoup moins bien. A ce moment précis, je n’arrivais même plus à savoir si je l’avais passée ou pas cette bouée finalement. Et puis non, je ne l’avais pas passée. J’ai fait demi-tour. J’ai remonté un bon paquet de bateaux et me suis retrouvée en fin de flotte. Une erreur qui m’a fait perdre 1 heure.


Je pensais que ce petit écart de route passerait inaperçu mais c’était sans compter sur cette petite vidéo de la direction de course :


Je peux vous dire que pour le reste de la course, je ne me suis plus brossée les dents !


Le Trophée MAP : un sprint de 200 milles


Pour cette deuxième course, je me suis dit que j’allais quand même essayer de moins dormir, de la jouer un peu plus régate que la Mini en Mai. Surtout que le parcours était plus court :



Du coup, j’ai débarqué mon matelas, ma couverture et mon coussin. J’ai dû dormir 2 heures environ sur le jour et demi de course. Je me suis brossée les dents une fois quand même mais c’était très rapide!


Le plaisir total d’être en mer


Mais le plus bel apprentissage de ces deux courses, c’est de me rendre compte que je prends énormément de plaisir à être seule en mer.


En solitaire, en mer, c’est la montagne russe des émotions, sans doute exacerbées par le manque de sommeil : du stress au départ, de l’excitation quand le bateau avance et qu’on dépasse les copains, de l’angoisse quand on passe le Raz de Sein, à travers des gros tourbillons de courant, de la frustration quand on reste collé sans vent et que le voisin lui avance car il a trouvé un bon couloir de vent, du soulagement quand on passe la ligne d’arrivée, et puis surtout de la joie quand on s’émerveille devant la beauté de la nature.


J’ai été absorbée par la chant de l’étrave (l’avant de mon bateau), le vol d’un oiseau et les dauphins venus jouer avec mon bateau la nuit. J’ai été exaltée par de magnifiques couchés de soleil, une lune tout aussi flamboyante qui éclairait les nuits de manière bien plus efficace que ma frontale, beaucoup d’étoiles, un arc-en-ciel tellement parfait que tu demandes comment que c’est possible et enfin un orage et des éclairs comme je n’en avais jamais vus.


Arc-en-ciel parfait sur la Mini en Mai. Crédit photo : Mathieu Gobet


Le temps n’a aucune importance, il disparaît absolument. Nous sommes totalement dans l’instant, tous nos sens en éveil, sans penser à autre chose qu’à ce que nous sommes en train de vivre. C’est ce sentiment que je suis venue chercher en m’engageant dans ce projet Mini. Et je ne suis pas déçue.


FAQ

(pour les copains qui me posent souvent ces questions)


Une course à la voile, ça consiste en quoi ?


Comme beaucoup de sports, il y a une ligne de départ que l’on doit franchir au « top départ », un parcours avec des bouées que l’on doit contourner et une ligne d’arrivée. La ligne de départ est une ligne imaginaire entre un bateau dit « bateau comité » et une bouée. Même chose pour la ligne d’arrivée.

Tu ne t’ennuies pas un peu, seule sur ton bateau ?


Le temps passe à une vitesse folle en course. Si je ne suis pas à la barre en train de bien faire avancer mon bateau, je réfléchis à la stratégie pour le passage de la bouée suivante, par exemple savoir quelle voile je vais mettre sur le prochain tronçon de la course, et je dois aussi préparer ce changement de voile à l’avance pour ne pas me faire distancer par mes concurrents. Je dois aussi manger, remplir mes gourdes d’eau au fur et à mesure, écrire mon livre de bord, ranger, dormir, m’étirer, réparer ce qui casse, etc. J’oserais même dire que ce qui m’a manqué, c’est l’ennui justement.


Pourquoi tu ne réponds pas à nos messages d’encouragement sur Whatsapp ?


Parce que je n’ai pas mon GSM avec moi. Avant le début de chaque course, nous devons remettre notre GSM au comité de course. La philosophie de la Classe Mini, c’est justement de faire du bateau en faisant abstraction des nouveaux logiciels de navigation électroniques. Naviguer à l’ancienne quoi. Après, les Ministes* regorgent d’ingéniosité pour ne pas à avoir à déplier de carte papier durant la course. Mais je vous expliquerai cela une autre fois.

*Ministe = énergumène un peu fou qui a envie de dépasser ses craintes pour vivre pleinement une histoire d’amour avec l’océan

Mais je tiens à tous vous remercier pour vos nombreux messages de soutien. Ça fait vraiment plaisir. En course, surtout sur la MAP où mon mental a été plus difficile à gérer, j’ai souvent pensé à vous, qui pensiez à moi. :-)

A très bientôt et merci !


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© 2019 Marins d'audace 
© Photos de Christophe Breschi